Manufactures et industries à l'abbaye

1. Les activités liées à la Fontenelle depuis la fondation de l’abbaye

Notre monastère a été fondé par Wandrille, le 1er mars 649 à l’emplacement d’un moulin sur la Fontenelle, construit par un certain Rotmarus, sur une terre qui lui avait été concédée par le roi Dagobert.

Durant les siècles suivants, et de nombreux documents en témoignent à partir du XIIe siècle, l’abbaye est propriétaire d’un nombre important de moulins à eau, dans le village, à Rançon, à Sainte-Gertrude, à Caudebec, sans compter le moulin installé à l’intérieur de l’abbaye. Ce "moulin de l’enclos de l’abbaye", moulin à moudre le blé en vue de la fabrication du pain pour les religieux et pour les aumônes, est cité dans des textes de 1581, 1598 et 1608. Il figure encore sur un plan de 1656, en bas de l’actuelle cour d’honneur.

Ce moulin s’accompagne d’une boulangerie et d’une brasserie, pour l’usage de la communauté. Il semble toutefois qu’à partir de 1680 on ne l’utilise plus, et qu’on l’abattra avant 1700. Il existait aussi un "moulin de l’aumônerie", à l’est de la clôture, en amont sur la Fontenelle, lequel disparaîtra à peu près à la même époque.

2. Les manufactures de 1792 à 1850

Après la nationalisation des biens ecclésiastiques et la suppression des ordres religieux en 1790, la communauté bénédictine de Saint-Wandrille, comme toutes les communautés religieuses françaises, se disperse.

Le 17 juin 1791, le domaine de l’abbaye est acquis par un consortium d’industriels. L’Yvetotais Nicolas Cyprien Lenoir (1733-1829) qui rachète les droits des autres acheteurs, va très vite tenter de rentrer dans ses fonds.

A la fin de l’année 1792, il va installer dans le grand monastère déserté sa première manufacture. On sait qu’en mars 1793, c’est une fabrique d’épingles en laiton qui occupe les lieux.

Les nombreux ouvriers qui y travaillent, logent dans les bâtiments de l’abbaye, et surtout dans les bâtiments des communs, dans le pavillon de la boulangerie qui se situait dans leur prolongement, et dans un pavillon du jardin.

A l’intérieur du monastère, le réfectoire et la salle du chapitre sont transformés en ateliers. Des machines sont installées dans la "salle aux colonnes" ou promenoir (détruit vers 1865). La fabrique d’épingles va durer de 1792 à 1795.

En même temps qu’elle, et pour les besoins de la guerre aux frontières, à laquelle la France est alors confrontée, Nicolas Cyprien Lenoir et son fils mettent en place en 1793-1794, une fabrique de salpêtre et de poudre.

Nicolas Cyprien Lenoir, alors âgé d’une soixantaine d’années, est en effet assisté de son fils Augustin Bernard Lenoir (1771-1846), qui se qualifie de "chef d’atelier à Saint-Wandrille".

Augustin Bernard Lenoir demande le 8 juin 1794 qu’une cloche soit sonnée à 5 heures, midi et 7 heures, pour faciliter le commencement et la fin des travaux de la "grande quantité d’ouvriers" qu’il emploie.

C’est à cette époque aussi qu’on commence la démolition de l’église du monastère, pour en vendre les matériaux, ce "travail" s’échelonnant sur plus de quarante ans…

La manufacture d’épingles va rapidement laisser la place vers 1795 à une manufacture de tabac, dont la suppression sous l’Empire sera considérée comme une calamité pour la commune.

On sait qu’en 1811, 10 ouvriers, 6 hommes, 4 femmes sont employés à l’abbaye chez les Lenoir, mais 25 sont sans occupation, à cause du blocus continental qui empêche les activités économiques de s’épanouir.

Augustin Bernard Lenoir dirige ensuite à l’abbaye, de 1811 à 1823, un "grand établissement de filature" installé dans la salle aux colonnes ou promenoir, salle qui surplombe en partie la Fontenelle. Les usines de filature ont toujours été installées le long des cours d’eau. Elles recrutent alors un personnel nombreux, les parents sont employés comme filateurs, et les enfants comme bobineurs. Mais l’effectif des usines varie beaucoup selon les besoins du marché. Peu à peu, la mécanisation du textile dans les grandes villes vient porter le coup de grâce aux filatures dans les communes rurales.

Augustin Bernard Lenoir est devenu maire de Saint-Wandrille en 1823, et le demeurera jusqu’en 1828.

Désireux de donner un nouvel élan à son activité, Augustin Bernard Lenoir demande le 4 mars 1836 l’autorisation à la Préfecture de Seine-Inférieure de modifier le cours de la Fontenelle à l’intérieur de l’enclos de l’abbaye, afin d’établir un "moulin à blé, à tan ou pour tisser" (Il n’est donc pas encore fixé sur la finalité exacte de son usine), à l’extrémité du bâtiment est dont il est propriétaire.

Une série de vannes viendrait détourner la rivière dans un petit canal dirigé vers une "usine" projetée, avec sa roue hydraulique, dans le sous-sol de l’ancienne bibliothèque.

L’autorisation est accordée le 26 mars 1837 par ordonnance royale. Une dérivation du cours de la rivière est établie, qui subsistera, avec des transformations, jusqu’en 1930.

Un moulin à tan est établi dans le sous-sol du pavillon nord de l’aile est de l’abbaye, sous l’ancienne bibliothèque. Mais le moulin fonctionne mal, en raison du reflux fréquent des eaux en amont du moulin Lefebvre-Delabrière. La rivière a en effet été détournée durant la Révolution par Delabrière, entre l’actuelle rue Saint-Jacques et Caudebecquet, pour l’établissement d’une chute d’eau plus importante.

Un premier procès avait déjà été intenté entre 1828 et 1832 à propos du débit de la Fontenelle, réduit par la dérivation. Augustin Bernard Lenoir se plaint en 1840 du mauvais fonctionnement de son moulin, à cause du reflux des eaux en amont du moulin Lefebvre, et demande l’établissement d’un déversoir suffisant à la sortie de l’abbaye, vers l’ancien lit de la rivière. Il ne semble pas qu’il ait alors obtenu gain de cause. Un plan établi en 1842 montre que le litige n’avait pas encore trouvé de solution.

Augustin Bernard Lenoir dut donc modifier la force motrice de sa nouvelle manufacture. Nous savons en effet que renonçant à utiliser la force hydraulique, il fait installer vers 1843 une machine à vapeur de la force de six chevaux, pour faire fonctionner sa manufacture de tissage.

Cet établissement est alors dirigé par Augustin Cyprien Lenoir (1804-1862) – fils d’Augustin Bernard Lenoir – et par Alexandre Coquatrix. Ce dernier était parent de Louis Alexandre Lebreton, maire de Saint-Wandrille (mort en 1856) qui avait épousé la sœur d’Augustin Bernard Lenoir, laquelle était propriétaire de la partie ouest de l’abbaye.

La manufacture de tissage sera rapidement fermée, entre 1847 et 1850, après avoir fonctionné plus mal que bien durant une dizaine d’années.

Les deux parties du monastère seront vendues en 1863, au marquis de Stacpoole. Celui-ci fait abattre une bonne partie du bâtiment est, en raison du mauvais état du bâtiment du promenoir et de la bibliothèque due à l’installation d’un moulin.

Il conserve le canal de dérivation lequel vient alimenter un étang-vivier qui ne sera comblé qu’en 1930. Mais bien entendu, il n’est plus alors question de manufacture à l’abbaye qui est utilisée par la famille de Stacpoole comme maison de plaisance.

Les moines ayant repris possession du monastère en 1894 ne recréeront pas de suite une "activité industrielle" à l’abbaye. Il sont très rapidement contraints à l’exil, en 1901.

Il faudra donc attendre le retour des moines en 1931, pour voir réapparaître dans le monastère une activité industrielle, la fabrication d’encaustique, puis la création des ateliers de Fontenelle Microcopie.