Du XVIIe au XVIIIe siècle

La congrégation de Saint-Maur, congrégation nationale issue en 1618 de la congrégation lorraine de Saint-Vanne, apporte une ferveur et une vitalité spirituelle issues directement du grand mouvement qui réforma l'Eglise après le concile de Trente, une organisation centralisée, un supérieur général issu d'un chapitre général triennal, des supérieurs locaux triennaux nommés par ce même chapitre général.

Cette intégration de Saint-Wandrille à la congrégation de Saint-Maur entraîne également l'exemption de visite épiscopale.

Quinze mauristes prennent possession du monastère le 14 janvier 1636.

Quant aux anciens religieux, ils restent sur place dans des demeures indépendantes, et gardent leurs charges et revenus jusqu'à leur mort.

Les moines mauristes, jeunes et pleins d'ardeur, reprennent donc à Saint-Wandrille la vie régulière. Ils reconstruisent les uns après les autres les bâtiments vétustes : hôtellerie, infirmerie, sacristie, chapitre, promenoir et dortoir.

Une vie fervente et studieuse reprend avec la réorganisation et l'enrichissement de la bibliothèque et du chartrier.

Certains (dom Bréard et dom Féray) s'attachent à réveiller le souvenir de la sainteté de leurs prédécesseurs, par l'étude de leurs vies, et le développement de leur culte.

A partir de 1666 et jusqu'à la Révolution, Saint-Wandrille est le siège d'un cours pour les moines étudiants de la province, ou un séminaire de jeunes profès, ou le noviciat (de 1723 à 1739). Matières enseignées, professeurs, lecteurs et enseignants s'y succéderont d'année et année, y maintenant une bonne vitalité.

Comme toute la congrégation de Saint-Maur, Saint-Wandrille est agité par la crise janséniste à partir de 1720, mais sans devenir un bastion de résistance à la bulle Unigenitus comme ses voisines du Bec et de Fécamp.

Cette fin du XVIIIe siècle à Saint-Wandrille comme dans les monastères voisins, est caractérisée par une relative prospérité financière retrouvée depuis l'achèvement des grands travaux de reconstruction, un certain relâchement dans l'austérité de la vie, l'introduction des idées philosophiques, l'affiliation de plusieurs moines à des loges maçonniques.

On peut y ajouter un certain esprit de querelle et de contestation : ainsi l'avant-dernier prieur est-il embastillé en 1783 : il protestait dans un libelle contre un arrêté royal convoquant un chapitre général extraordinaire de sa congrégation ; le prieur ne fut relaxé qu'après la clôture de ce chapitre, et dut quitter la congrégation.

Néanmoins, pendant les années précédant immédiatement la Révolution, le nombre de vocations connaît une tendance à se redresser.