Du VIIe au Xe siècle

Le 1er mars 649, un maire du palais de Clovis II cède ses droits sur un domaine royal situé au bord d'un ruisseau affluent de la Seine, la Fontenelle, dans la forêt de Jumièges, à deux moines, Wandrille et Gond (+690).

Wandrille, plein d'humilité, de douceur et d'obéissance envers l'évêque de Rouen, saint Ouen, qui avait voulu cette fondation monastique, veille jusqu'à sa mort, le 22 juillet 668 sur une communauté florissante, construisant sept églises dédiées à saint Pierre, saint Paul, saint Laurent, saint Pancrace, saint Saturnin, saint Amand, Notre-Dame.

Ses successeurs, dont saint Lantbert (+688), futur évêque de Lyon, saint Ansbert (+695), futur évêque de Rouen, voient un accroissement de la communauté, en nombre et en qualité : nombreux sont les saints qui fleuriront dans la vallée de Fontenelle ou dans les fondations qui lui seront rattachées : saint Erembert (+671), saint Condède (+680), saint Vulfran (+ca697), saint Bain (+710), saint Hildebert (+701), saint Sindard, saint Désiré, saint Hermeland (+720), saint Bagga, saint Bénigne (+724), saint Milon (+730), saint Hugues (+732), saint Landon (+735), saint Ermier (+740), saint Ravenger (+750), saint Austrulf (+753), saint Wandon (+754), saint Hardouin (+812), saint Hartbain.

Cette prospérité dure jusque vers 740. A cette époque vont se succéder des abbés laïcs qui mettront à mal spirituel et temporel.

En 823, succédant comme abbé de Fontenelle à Eginhard, Anségise le réformateur de Luxeuil et autres lieux, renouvelle la ferveur de ses fils, et ramène une brillante vie intellectuelle et spirituelle, réinstaurant une vie régulière, reconstruisant les bâtiments et enrichissant bibliothèque et trésor.

Les Gesta sanctorum patrum Fontanellensis cœnobii, rédigés entre 820 et 840 retracent, à la façon du Liber Pontificalis romain, la vie et les faits notables des abbés de Fontenelle, de Wandrille à Anségise. On a pu écrire qu'ils constituaient la plus ancienne chronique monastique d'Occident. Ils signalent en particulier l'existence d'un «bouleuterion», ou salle de délibération : c'est le témoignage écrit le plus ancien que nous possédions concernant une salle capitulaire.

C'est à cette même époque que la Vita Wandregisili écrite à la fin du VIIe siècle est corrigée et rééditée, ainsi que les vies des saints Ansbert et Vulfran ; on compose également les vies des saints Lantbert, Condède et Hermeland. Mais les exactions des vikings se succèdent jusqu'au pillage et à l'incendie du 9 janvier 852, qui entraînent après diverses pérégrinations, l'exode des moines, avec les reliques des saints Wandrille et Ansbert vers le Nord de la France. Les reliques sont transférées en 944 à Gand, avec ce qui reste de la pauvre communauté ambulante de Fontenelle.