Le bienheureux dom Louis-François Lebrun, moine de Saint-Wandrille et martyr

Parmi eux se trouvait un moine mauriste de Saint-Wandrille, dom Louis-François Lebrun, qui est devenu l'un des nombreux saints moines de Fontenelle. Il est en même temps la figure la plus attachante des derniers moines du XVIIIe siècle.

Quand la Révolution commença, et que très vite, dès le mois de février 1790, les vœux solennels furent abolis par l'Assemblée nationale, et donc la vie monastique, tous les moines qui étaient à Saint-Wandrille demandèrent à se retirer.

Plusieurs prêtèrent le serment constitutionnel pour obtenir une charge de curé.

Le cas le plus remarquable est celui du prieur, dom Alexandre Jean Ruault, qui fut élu maire de Saint-Wandrille, démissionna dès le 7 novembre 1790, devint curé constitutionnel d'Yvetot, fut élu à la Convention en septembre 1792, fut emprisonné pendant un temps, finalement apostasia par lettre devant la Convention en déclarant que désormais sa carte de citoyen français serait le seul diplôme dont il veuille s'honorer. Devenu fonctionnaire sous l'Empire, et s'étant marié, il mourut à Coulommiers en 1824.

Semblable est le cas du dernier abbé commendataire, le cardinal Etienne de Loménie de Brienne (1727-1794), archevêque de Toulouse puis de Sens, ministre des Finances de Louis XVI en 1787 et 1788, qui prêta le serment constitutionnel, devint "évêque du département de l'Yonne", fut déchu du cardinalat par le pape Pie VI en septembre 1791, puis renonça au sacerdoce en novembre 1793. Il mourut alors qu'il allait être arrêté ; son neveu et coadjuteur, Martial de Loménie de Brienne, dernier abbé de Jumièges, fut guillotiné le même jour que Madame Elisabeth, sœur de Louis XVI.

On ne peut donc pas parler d'une fidélité de toute la communauté. Les esprits avaient été marqués par les courants de pensée de cette fin du XVIIIe siècle : le rationalisme, le jansénisme politique, le gallicanisme…

Plusieurs moines appartenaient, avant 1789, à la franc-maçonnerie, et signaient comme tels. Le tranquille héroïsme de dom Lebrun n'en ressort que d'autant plus : il fut fidèle malgré les conditionnements de son temps, le manque d'héroïsme de ses confrères…


1 - Jeunesse et vie monastique

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2 - La révolution

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3 - Prison et déportation

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4 - Les pontons

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5 - Portrait moral

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Père Olivier Segond