Chronologie

649 à 668 Construction des bâtiments claustraux et des églises Saint-Pierre, Saint-Paul, Saint-Laurent, Saint-Pancrace, Saint-Saturnin, Saint-Amans à Gauville, Notre-Dame au lieu-dit Caillouvilleb

680 Le deuxième abbé de Fontenelle, saint Lantbert, laisse la charge abbatiale à saint Ansbert pour occuper le siège épiscopal de Lyon.

680 à 695 Saint Ansbert construit un hôpital à l'ouest du monastère, pour douze pauvres et seize malades. En 684, il devient évêque de Rouen.

735-741 Le prieur saint Ermier construit l'église Saint-Michel destinée aux fidèles qui se groupent autour du monastère.

747-754 Saint Wandon édifie une église en l'honneur des saints Servais et Lambert.

754 Incendie de l'église Saint-Pierre, reconstruction par l'abbé Witlaïc.

787-806 Saint Gervold reconstruit la cuisine et l'infirmerie, bâtit la sacristie et le chauffoir, recouvre les églises.

823-833 Saint Anségise reconstruit le dortoir, le réfectoire, agrandit l'église, élève un cloître, une bibliothèque, un chartrier. Saint Anségise est l'auteur de la plus ancienne collection de Capitulaires de Charlemagne et de Louis le Débonnaire.

852 Une bande de Vikings incendie le monastère.

858 Les moines de Fontenelle partent avec les reliques des saints sur le chemin de l'exil : Ponthieu et Boulonnais, Gand en 944.

Sous les ducs de Normandie

960-966 Après un exil de cent deux ans, les moines de Fontenelle, sous la conduite de l'abbé Maynard, reprennent le chemin de la Basse-Seine, et sur les fondations anciennes, reconstruisent modestement le monastère de Fontenelle, ou de Saint-Wandrille, comme l'on dit depuis.

966 Fondation du Mont-Saint-Michel.

980 L'abbé Ensulbert reconstruit l'église Saint-Saturnin, sur plan tréflé, avec tour-lanterne, la plus vieille de Normandie.

1008-1031 Construction de l'église romane par saint Gérard.

1014-1027 En signe de reconnaissance à saint Vulfran, le dortoir et le réfectoire sont reconstruits grâce aux dons d'Herlève, comtesse d'Evreux, et d'Emma, dame de Pontchardon.

1024 Fondation de l'abbaye Sainte-Catherine-du-Mont, près de Rouen.

1031, le 12 septembre Sur la demande de l'abbé Gradulphe, l'archevêque de Rouen Robert, fils du duc Richard Ier, consacre l'église abbatiale.

1034 Fondation de l'abbaye de Préaux.

1050 Fondation des abbayes de Fontenay, près de Caen, et de Grestain (Eure).

XIIe s. Aménagements du réfectoire, construction de la grange dîmière (ateliers actuels).

Sous les rois de France

1247 Sous l'abbé Pierre Mauviel, incendie de l'église romane.

1254-1288 L'abbé Geoffroy de Nointot reconstruit le chœur de l'église.

1288-1304 L'abbé Guillaume de Norville édifie le transept et le mur sud de la nef.

1304-1342 L'abbé Guillaume de la Douillie construit le mur nord de l'église et la galerie de cloître attenante, dans laquelle il fait installer la statue de Notre-Dame de Fontenelle.

1312 Consécration du maître-autel de l'église abbatiale.

1362-1389 L'abbé Geoffroy de Hotot termine la tour de l'église qui, surmontée d'une flèche s'élevait aussi haut que la colline de Saint-Saturnin, qui domine l'abbaye au Nord : 70 m ; il fait édifier le «sacrarium».

Après la guerre de Cent Ans

1444-1483 L'abbé Jean de Brametot termine la galerie sud du cloître, inachevée depuis la guerre de Cent Ans.

1483-1523 Sous l'abbé André d'Espinay et son successeur Jacques Hommet, construction des galeries est, nord et ouest du cloître, avec le lavabo et la double porte du réfectoire.

1523 Depuis la mort de Jacques Hommet, les abbés commendataires ne sont plus élus par les moines mais désignés par le roi, l'abbaye devient pour eux un bénéfice aux revenus appréciables.

1562 Pillage du monastère par les huguenots, mutilation des statues du cloître.

1631 Chute de la tour lanterne de l'église et effondrement d'une partie des voûtes.

La réforme monastique

1636 L'abbaye voisine de Jumièges envoie quelques moines à Saint-Wandrille pour y introduire la réforme de la congrégation bénédictine de Saint-Maur.

1647 L'église réparée est rendue au culte.

1668 Achèvement des travaux de reconstruction du bâtiment ouest.

1671-1683 Démolition du dortoir et du chapitre anciens, et constructions du bâtiment Est abritant la sacristie, la salle capitulaire, le dortoir et la bibliothèque.

1680 Construction du mur de clôture, sur le coteau de Saint-Saturnin.

1699 Construction de nouveaux ateliers et communs, dans le prolongement de la grange du 12ème siècle.

1755-1758 Édification des deux Pavillons de la Grâce et de la Nature et de la Porte de Jarente.

1757-1759 Démolition de l'ancien logis abbatial, à l'emplacement de l'église actuelle.

1781-1783 Reconstruction de l'escalier du bâtiment est par le prieur dom Daspres.

1790 Les ordres religieux sont supprimés.

L'abbaye sans les moines

1791 Le monastère est vendu comme bien national à un industriel d'Yvetot, Cyprien Lenoir ; les deniers moines se dispersent.

1794 A l'île Madame, dans l'embouchure de la Charente, la mort du bienheureux Louis François Le Brun, moine de Saint-Wandrille et martyr.

1792-1832 Destruction de l'église utilisée comme carrière de pierre. Les bâtiments sont transformés en manufactures.

1837 Dom Prosper Guéranger réinstaure la vie monastique en France, et fonde l’abbaye de Solesmes, puis restaure Saint-Martin de Ligugé.

1863 Le marquis de Stacpoole acquiert le monastère et les ruines de l'église. Il lui fait subir transformations et aménagements, mais aussi destructions.

Renaissance monastique

1894 La vie monastique reprend après un silence de cent quatre ans.

1898 Dom Joseph Pothier, premier abbé régulier depuis Jacques Hommet au XIXe siècle.

1901-1931 Les moines de Saint-Wandrille prennent le chemin de l'exil, en Belgique de 1901 à 1924, puis dans l'Allier de 1924 à 1931.

1907-1912 L'écrivain belge Maurice Maeterlinck occupe l'abbaye.

1912 Fondation de l'abbaye Saint-Benoît-du-Lac au Québec.

1930-1931 Importants travaux d'aménagement du monastère, et retour des moines à Saint-Wandrille sous l'abbatiat de dom Jean-Louis Pierdait.

1944 Bombardement du monastère.

1948-1957 Travaux de reconstruction du monastère.

1949 Treizième centenaire de l'abbaye.

1954 Incendie des ateliers.

1960 Bénédiction des cloches.

1966 Fêtes du Millénaire du Mont-Saint-Michel.

1967-1969 Construction d'une nouvelle église abbatiale, et retour du chef de saint Wandrille.

1970 Dédicace de la nouvelle église abbatiale.

1977 Dédicace de Notre-Dame-de-Caillouville-la-Neuve, intra muros.

1997 Restauration du réfectoire.



Le XXe siècle

C'est là que la guerre de 1914 la surprend, en zone occupée par les troupes allemandes.

Saint-Wandrille avait réalisé en 1912 une petite fondation au Canada, Saint-Benoît-du-Lac, dont les débuts seront difficiles, mais qui atteindra sa maturité et deviendra autonome en 1935.

En 1924, la communauté avec son nouvel abbé dom Jean-Louis Pierdait (+1942), rentre en France, et s'installe provisoirement dans le diocèse de Moulins, au Réray d'Aubigny, avant de réintégrer son monastère normand le 26 janvier 1931.

Pour subvenir aux besoins matériels de la communauté est créée en 1937 un atelier de fabrication d'encaustique, lequel sera relayé dans les années 1970 par un atelier de microcopie, puis, dans les années 1990, un atelier de restauration d’œuvres peintes.

Dom Gabriel Gontard (+1986), abbé de 1943 à 1962, réalise la restauration des bâtiments endommagés par un bombardement en août 1944.

C'est sous son abbatiat que sera célébré le treizième centenaire de l'abbaye en 1949.

Son successeur dom Ignace Dalle (+1985), abbé de 1962 à 1969, est un artisan actif du millénaire du Mont-Saint-Michel en 1966. Il dote son monastère d'une nouvelle église abbatiale, ancienne grange seigneuriale du XIIIe siècle provenant du département de l'Eure.

C’est après l’élection du Père Abbé dom Antoine Levasseur que cette nouvelle église est dédicacée, le 12 septembre 1970. Sous cet abbatiat est restauré le grand réfectoire.

En 1996, dom Pierre Massein succède à dom Levasseur. Sous son abbatiat une rénovation est effectuée de nos maisons d’accueil : hôtellerie intérieure, accueil Saint-Joseph, aménagement de la salle Saint-Paul. D’importants travaux sont aussi entrepris pour la modernisation de la cuisine.

Dom Jean-Charles Nault est élu 82e abbé de Fontenelle le 22 avril 2009 et reçoit la bénédiction abbatiale des mains de Mgr Jean-Charles Descubes en la fête de saint Vulfran (1er juin) de la même année. A l’occasion du quarantième anniversaire de la dédicace de l’église abbatiale, il entreprend une rénovation intérieure de l’édifice qui commence en août 2010.

La révolution et le XIXe siècle

Le 28 avril 1790, aux termes de l'inventaire opéré par la municipalité, les vingt religieux mauristes déclarent vouloir se retirer.

En octobre 1790, la vie conventuelle cesse, certains moines continuant à vivre quelque temps à l'abbaye ou le village, se réunissant encore à l'église les jours de fête.

Les bâtiments sont vendus en 1791 comme biens nationaux, et utilisés comme ateliers, ou pour l'église abbatiale comme carrière de pierres.

Ils seront achetés en 1863 par le marquis de Stacpoole qui réunit les lots composant la clôture de l'abbaye, et transforme les bâtiments conventuels en demeure de campagne.

Toute vie religieuse régulière cessa donc dans l'ancien monastère de 1790 à 1894.



La renaissance de 1894

Son auxiliaire, Mgr Jourdan de La Passardière, demande alors à l'abbé de Saint-Martin de Ligugé dom Joseph Bourigaud, de faire renaître la vie monastique à Saint-Wandrille, que ses propriétaires mettaient en vente.

Après plusieurs mois de pourparlers, l'affaire est conclue, et quelques moines viennent le 13 février 1894 sous la conduite de dom Jean Martial Besse, reprendre possession de l'abbaye.

Les fondateurs ont la nette conscience de s'enraciner dans sa tradition monastique propre, qui n'avait connu que deux brisures en plus de douze siècles d'existence.

Après des débuts difficiles, soutenus par dom Hildebrand de Hemptinne, abbé primat de la confédération bénédictine, dom Joseph Pothier, restaurateur du chant grégorien, est nommé prieur, puis abbé en 1898.



La congrégation de Saint-Maur à Saint-Wandrille

En Normandie, pour mémoire, ont appartenu à cette congrégation les abbayes de Saint-Ouen de Rouen, Jumièges, Le Bec, Caen, Fécamp, Boscherville, Valmont, Saint-Evroul, Conches etc.

Quand la congrégation lorraine de Saint-Vanne avait étendu son action réformatrice, dans la lignée du concile de Trente, en France, s’était en effet posée la question de la fidélité à la couronne, qui avait trouvé une solution rapide dans la création d’une congrégation bénédictine française, qui va absorber assez rapidement les mouvements similaires déjà existants, sauf l’ordre de Cluny, qui ne s’unira pas durablement à Saint-Maur.

De 1618 à 1645, 88 monastères vont s’y agréger, il y en aura 178 en 1675, 191 en 1766 (une vingtaine seront fermés dans les années 1770), avec 1956 religieux. Au total, de 1614 à 1790, la congrégation aura 9261 religieux.

Que reste-t-il de cette époque et de cette réforme ? Les bâtiments construits par les mauristes, sont toujours des édifices intéressants, et souvent le siège d’administrations…

La masse des documents récoltés ou rédigés par les mauristes est toujours une richesse des dépôts d’archives publiques, ainsi que leurs bibliothèques, avec leurs copies de manuscrits, collations de textes, travaux d’érudition, dont une bonne part non encore exploitée.

Si la congrégation de Saint-Maur, n’a pas de saints ou de bienheureux, outre les martyrs de septembre et ceux des pontons de Rochefort, elle a connu une multitude de "justes" à la vie exemplaire, dont la biographie édifiante a été conservée par dom Martène dans sa Vie des justes, ou même dans son Histoire de la congrégation de Saint-Maur.

Hommes habités de Dieu, très humains au quotidien, comme dom Grégoire Tarrisse, Claude Martin, Jean Mabillon, Bernard de Montfaucon.

C’est surtout de la bourgeoisie que sont issus la majorité des moines mauristes, bourgeoisie vertueuse et austère, marquée par la réforme catholique du concile de Trente, mise en application en France dans la première moitié du XVIIe siècle.

A son déclin, à la Révolution, la congrégation connaîtra un certain nombre de religieux qui affrontèrent la situation et la persécution avec sérieux, comme les trois martyrs de septembre – dont le supérieur général –, assassinés aux Carmes à Paris, et les martyrs des pontons de Rochefort, morts d’épuisement en 1794.

Organisation mauriste

Cette organisation est celle de la congrégation de Saint-Vanne, qui elle-même avait repris la pratique de la congrégation cassinaise.

Cette organisation, adaptée, fut définie en 1645, la congrégation elle-même ayant été approuvée par le pape Urbain VIII en 1628.

Les textes législatifs mauristes sont les "déclarations" qui interprètent la Règle de saint Benoît chapitre par chapitre, les "constitutions" qui fixent ce qui concerne le gouvernement de la congrégation.

Six provinces, Normandie, France, Bretagne, Bourgogne, Toulouse, Chezal-Benoît. Dans chaque province, un visiteur et une diète provinciale, qui regroupe tous les ans les prieurs des monastères et un "conventuel" élu.

L’autorité suprême revient au chapitre général triennal, qui désigne le supérieur général, les visiteurs et prieurs, élus pour trois ans. Le siège du supérieur général était à Saint-Germain-des-Prés à Paris. Chaque province a son noviciat et son scolasticat.

Les moines mauristes ont leur stabilité fixée dans la congrégation, et non plus dans un monastère donné, ce qui permet les transferts fréquents d’une maison à une autre, favorisant dès les débuts la réforme des monastères et profitant ainsi à l’efficacité de la congrégation.

Il s’ensuivra obligatoirement une uniformisation des pratiques monastiques dans tous les monastères mauristes, pour éviter une disparité de vie entre les maisons où tous sont indifféremment appelés à résider.

Chaque monastère est administré par un prieur, assisté d’un chapitre conventuel et d’un conseil de quatre sénieurs.

Rien dans la législation ne semble avoir été laissé à l’imprévu, et tout semble avoir été sagement codifié.

Pourquoi une telle organisation ?

Tout simplement pour faire face au mal que constituait la commende, c’est-à-dire l’attribution de l’abbatiat par le roi à un clerc non moine, sans que les communautés aient quoi que ce soit à objecter, depuis le concordat de Bologne en 1516, pour échapper donc à l’ingérence des commendataires, il fallait établir des prieurs, qui détenait le gouvernement des monastères, mais qui ne dépendraient en aucune façon de ces commendataires.

Également pour conserver la régularité dans les monastères, échapper à la détention des charges assimilées à des biens personnels.

Cet abandon de la stabilité locale et de la paternité abbatiale – qui avait laissé la place à une administration hiérarchisée – sont les plus grands défauts de la congrégation de Saint-Maur.

Ces défauts, qui sont des qualités dans le système pratiqué dans d’autres ordres comme les dominicains, ou dans la Compagnie de Jésus, ces défauts étaient en réalité les seuls remèdes qu’on pouvait apporter au système de la commende, pour mettre en application après le concile de Trente, les grands principes de la réforme catholique.

Le développement le plus riche de la congrégation de Saint-Maur est celui des années 1660 à 1714. De 1718 à 1735, la congrégation connaît une crise très grave.

De 1754 à 1783, également, d’autant plus grave que le pouvoir royal vient alors s’ingérer dans le règlement de la crise. Une reprise réelle débutait quand survint la révolution française.

Activités des moines mauristes

Dès l’origine on voulut donner aux moines mauristes une solide formation monastique, assise sur de bonnes études humanistes menées précédemment, en orientant la vie des religieux vers le travail intellectuel, et en l’organisant de manière efficace.

Le double intérêt de cette activité intellectuelle était

- en conformité avec leur vocation de solitude, de procurer une occupation aux moines,

- laquelle participait à leur progrès spirituel, et pouvait servir l’Église, par exemple en fournissant de bonnes éditions de textes anciens, d’utiles instruments de travail.

L’idée apologétique de Contre-Réforme et de démarche vers les Réformés en vue de leur conversion n’était pas absente de leur démarche intellectuelle.

Le sérieux des études menées et des publications entraîna le respect tant des milieux littéraires, que du roi, et du Saint-Siège.

Les supérieurs généraux encouragèrent et organisèrent les études. De nombreux monastères étaient intéressés à l’œuvre, soit en fournissant des matériaux à l’équipe réunie à Saint-Germain-des-Prés, soit en exploitant ces matériaux aux plans provincial et local.

Dans chaque province mauriste, des monastères étaient plus spécialement affectés aux études.

Les moines les plus brillants étaient envoyés ensuite à Saint-Denis ou à Saint-Germain-des-Prés pour y travailler collectivement à une œuvre d’édition de longue haleine, dirigée par un moine ou une équipe, ou même des moines successifs (ainsi pour l’édition des œuvres de saint Augustin).

Les orientations des travaux d’érudition et de publication visent :

- la glorification de l’ordre bénédictin, l’édification spirituelle des moines, par la publication des textes des Pères, de 1650 à 1710, Pères latins à la fin du XVIIe, Pères grecs au début du XVIIIe,

- l’illustration et la glorification de l’histoire française, de 1710 à 1760, se mettant ainsi au service de l’Etat, par le biais de la collaboration scientifique. La congrégation a toujours brillé dans le champ de la patristique et de l’histoire.

La mort de Montfaucon en 1741 marque un ralentissement de l’émulation intellectuelle. Il faut nuancer en disant que la recherche des textes et des documents et leur interprétation s’échelonnèrent sur toute la durée de la congrégation, Annales de l’Ordre de saint Benoît, sans être achevée au moment de la révolution pour un bon nombre, Histoire littéraire de la France, Recueil des historiens des Gaules, Gallia christiana.

Par ce travail, la congrégation rendait service à l’Eglise et à l’Etat. Dans les derniers temps, pour légitimer une vie monastique contestée, elle s’investit dans les collèges et les écoles militaires, prenant alors la place des jésuites supprimés.

Spiritualité mauriste

Les écrits spirituels sont surtout inspirés par la méditation des Pères de l’Eglise. L’Ecriture nourrit moins la vie spirituelle. Philosophie cartésienne et pensée thomiste sont présentes et parfois s’affrontent.

L’hagiographie favorise l’ascèse, insistant sur la mortification du corps et des sens, elle montre l’importance de la régularité. La vie intérieure est inspirée du mysticisme rhéno-flamand et de la mystique thérésienne.

Les dévotions et la piété demeurèrent malgré l’influence du courant des Lumières. Des liens d’amitié lièrent de nombreux mauristes aux principales figures du jansénisme dont ils appréciaient l’austérité. Ce jansénisme des mauristes se révéla à partir de la bulle Unigenitus, plus politique que doctrinal.

Dom Hesbert a étudié le vocabulaire de la théologie monastique et ses "mots-clés" dans l’Histoire de la congrégation de Saint-Maur de dom Martène. Douze mots-clés se dégagent : pénitence, oraison, régularité, austérité, retraite, exactitude, mortification, observance, solitude, silence, devoir, séparation du monde. On peut les regrouper en trois pôles :

1° l’ascèse, pénitence, austérité, mortification, pratiquée sous forme restrictive (abstinence de nourriture, de chauffage) ou sous forme afflictive (cilice, discipline).

2° la discipline monastique,
- dans son aspect constitutif, séparation du monde, retraite, solitude, silence,
- sous l’aspect de la fidélité aux vœux, régularité (conformité à la Règle), exactitude, observance, devoir.

3° la prière, l’oraison, oraison mentale, présence continuelle de Dieu, oraison thérésienne.

Les idées force du monachisme mauriste sont les suivantes :
- il n’y a pas de vie monastique sans séparation du monde, séparation initiale, et séparation entretenue ;
- il n’y a pas de vie monastique cénobitique sans discipline régulière, sans une organisation précise de la vie commune (y compris l’office divin), ordonnée à l’épanouissement de l’âme ;
- il n’y a pas de vie monastique sans ascèse ;
- il n’y a pas de vie monastique sans prière.

Les trois grands axes de la réforme monastique mauriste sont régularité, austérité, intériorité.

L’œuvre des mauristes à Saint-Wandrille

Œuvre spirituelle : vie ascétique restaurée, vitalité intellectuelle et spirituelle par la présence du cours de philosophie, de théologie, du noviciat, à partir de 1690, c’est-à-dire après la reconstruction des bâtiments, et jusque 1790. Activités caritatives habituelles à tous les monastères de cette époque.

Œuvre hagiographique : recherches sur l’histoire ancienne du monastère, sur le culte des saints locaux, sur les sources du monachisme à Fontenelle.

Œuvre architecturale :

restauration de l’église (disparue),
construction du bâtiment ouest, 1655-1668 : hôtellerie puis infirmerie,
construction du bâtiment du dortoir, 1672-1680 (après destruction de l’ancien chapitre et de l’ancien dortoir),
construction du mur de clôture, 1680,
agrandissement des communs (ateliers), 1695,
construction des pavillons et de la porte de Jarente, 1756 (et destruction de l’église Saint-Paul et du logis abbatial).