
La loi du 13 février 1790 supprime les vux solennels et donc les ordres religieux. Chaque moine de Saint-Wandrille dut donc déclarer devant la municipalité ses intentions.
Le prieur dom Ruault déclara vouloir se retirer, "ne pouvant connaître la maison qui lui sera assignée, ni le régime qu'il serait obligé d'y suivre".
Comme les autres moines, dom Lebrun émit la même intention, affirmant "en outre qu'en adhérant à la présente déclaration, il n'entend pas se dépouiller de la faculté accordée par l'assemblée de se retirer dans quelqu'une (sic) des maisons qui seront désignées par elle si ces maisons relativement à son goût pour l'étude pouvoient lui convenir telles que Bonnes nouvelles (sic) et Saint-Ouën de Rouen, Saint-Germain Després, Saint-Denis ; aussi bien que le gouvernement spirituel et temporel qui y sera adopté."
Il se réservait aussi l'administration personnelle de la pension trimestrielle de 225 livres allouée aux anciens religieux, ainsi que la libre disposition de tout ce qui pourrait lui appartenir.
La vie régulière cessa à Saint-Wandrille dès l'été 1790, la plupart des moines demeurant pourtant dans la village ou même dans le monastère. Certains continuèrent quelque temps à se rassembler dans leur église pour les grandes fêtes.
Ainsi en fut-il de dom Lebrun qui se retira bientôt à Jumièges, devenue maison de réunion, où pouvaient vivre des religieux de tous ordres et observances confondus. Mais en raison du grand désordre qui y régnait, et après un bref séjour au Bec, également maison de réunion, il se retira dès octobre 1791 dans sa famille, à Rouen.
Dom Lebrun n'avait pas eu à prêter le serment de fidélité à la Constitution civile du clergé de juillet 1790, exigé seulement des curés et desservants nouvellement établis par le régime.
Quand vint la loi du 10 août 1792 sur le serment "liberté-égalité", exigible dans les huit jours de tout citoyen touchant une pension de l'Etat, il refusa, s'en tenant à l'opinion commune des ecclésiastiques qui le désapprouvaient.
Comme le directoire de Rouen était modéré, on le laissa tranquille. Mais la machine était en marche. Dès le 28 août, un décret de proscription générale prévoit la peine du bannissement pour tout ecclésiastiques non-assermentés : c'est l'exil ou la déportation en Guyane. Reprise du décret par la Convention le 21 avril 1793.
Enfin, le 20 octobre 1793, 29 vendémiaire an II, il ne reste plus d'échappatoire aux anciens religieux : la Convention déclare que les insermentés ont dix jours pour se livrer, et être déportés. Passé ce délai, ils sont passibles de la peine de mort dans les vingt-quatre heures, eux et ceux qui les auraient cachés. Pour ne pas mettre en danger sa sur et son beau-frère qui l'hébergeaient, il se livra par lettre.
Au citoïens administrateurs du département de la Seine inférieure.
Citoïens. La convention ayant rendu un décret les 29 et 30 jours du 1er mois de l'an second de la république française une et indivisible relatif aux ecclésiastiques sujets à la déportation (Art. 10. Tous les ecclésiastiques séculiers ou réguliers etc. qui n'ont point satisfait aux décrets du 14 aoust 1792 et 21 avril dernier etc.) et qui ordonne à ces mêmes ecclésiastiques mentionnés en l'art.10 qui cachés n'ont point été embarqués pour la Guïane françoise de se rendre auprès de l'administration de leurs départements respectifs qui prendront les mesures nécessaires pour leur arrestation embarquement et déportation en conformité de l'article 12, le citoien Louis François le Brun religieux bénédictin de la cidevant abbaïe de St Wandrille district de Caudebec, n'ayant point prêté ledit serment vient de se soumettre aux ordres du département et lui déclarer qu'il demeure chez le citoïen Sciaux chirurgien son beau-frère, rue des charretes n°62.
Louis François Le Brun
A Rouen le 19 brumaire l'an deux de la république une et indivisible (Archives départementales de la Seine-Maritime, Rouen, L. 1222).